Témoignage personnel

Sortir la dureté de l’équation

Scott Martin, ancien secondeur étoile à l’Université McMaster, raconte comment sa soif de compétition l’a poussé à cacher de nombreuses commotions cérébrales — une décision qui a mis fin à sa carrière de football et lui a appris la véritable signification de la robustesse.

Écrit par Scott Martin

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Sortir la dureté de l’équation

En grandissant, je n’ai jamais été le meilleur athlète. Je n’étais pas le plus grand, le plus rapide, le plus fort, le plus flamboyant ou le plus doué. Le succès dans le sport n’est jamais venu naturellement ou facilement pour moi. Je me suis habitué à devoir être le joueur le plus travailleur, à devoir me battre pour obtenir du temps de jeu et à devoir compter sur la robustesse plus que sur le talent pour survivre et m’épanouir durant des années de sports de contact. Avec le recul, je n’aurais pas voulu qu’il en soit autrement.

Je n’ai jamais été du genre à me vanter, et les distinctions individuelles ne m’ont jamais beaucoup importé. Cependant, pour brosser un tableau de la façon dont une commotion cérébrale ne ressemble à aucune autre blessure, je pense qu’il est nécessaire d’en mentionner quelques-unes.

Taking the Toughness Out of It

Jouer au hockey, à la crosse, au rugby et au football de haut niveau signifiait donner et recevoir beaucoup de coups. Bien que j’aie régulièrement été le plus petit joueur sur le terrain, c’était de loin ma partie préférée. Plus l’adversaire était grand, plus j’avais envie de le renverser, peu importe le résultat escompté.

J’ai connu mes années les plus fructueuses dans le sport en tant que secondeur à l’Université McMaster. Bien que je pesais environ 50 livres de moins et que je mesurais un demi-pied de moins qu’un secondeur typique, j’ai pu m’épanouir grâce à mon jeu physique. J’ai fait partie d’une équipe championne nationale, j’ai participé à deux autres matchs de championnat national et j’ai remporté trois championnats de l’Ontario au passage.

Scott Martin McMaster Football

J’ai eu la chance d’être nommé capitaine, étoile, membre de l’équipe académique canadienne et joueur défensif par excellence en tant qu’étudiant-athlète. Lorsque j’ai reçu le prix de joueur par excellence, mon entraîneur a commencé son discours en disant que je le recevais parce que j’étais le joueur le plus robuste « livre pour livre » qu’il ait jamais entraîné. Cette équipe regorgeait de futurs choix au repêchage de la LCF et de joueurs étoiles, et pourtant j’ai été élu à l’unanimité pour ce prix. Une fois de plus, j’avais réussi grâce à mes efforts, ma ténacité et ma robustesse. C’est vers cette époque que j’ai commencé à réaliser que je pourrais être assez bon pour jouer au football au niveau supérieur. Un n ou deux plus tard, vers la fin de ma carrière universitaire, j’ai été contacté par des dépisteurs professionnels et j’ai été invité au camp d’évaluation de la LCF pour les joueurs diplômés cherchant à faire le saut chez les professionnels.

Malheureusement, je suis maintenant assis sur mon canapé à regarder mes anciens coéquipiers jouer dans la LCF au lieu de les affronter. Ma décision d’essayer d’être robuste et de continuer à jouer malgré des commotions a mis une fin abrupte et inattendue à ma carrière de football.

Scott Martin Vanier Cup

Jusqu’en 2012, je n’avais jamais laissé le fait d’être le petit gars sur le terrain me faire sentir petit. Ce sentiment était réservé aux personnes qui ne pouvaient pas encaisser un coup, qui ne pouvaient pas se relever et qui ne pouvaient pas supporter la douleur et la nature physique des sports de contact. J’ai travaillé trop dur pour me mettre en position de réussir pour me sentir petit. Du moins, c’était vrai jusqu’en 2012, lorsque j’ai subi plusieurs commotions cérébrales graves qui m’ont fait réaliser à quel point je pouvais me sentir petit.

J’étais assis sur mon lit, les lumières éteintes et les stores fermés dans ma maison d’étudiant de deuxième année, quand j’ai commencé à réaliser que je ne faisais pas face à une blessure ordinaire. Je venais de me réveiller de ce qui devait être ma quatrième sieste de la journée, une chose à laquelle j’étais habitué puisque les 5 minutes suivant le réveil étaient le seul moment où je me sentais normal de toute la journée. Le jour, la semaine et le mois exacts sont flous, mais je me souviens du sentiment comme si c’était hier: la panique. J’avais traité d’innombrables blessures auparavant et j’avais toujours récupéré rapidement. Pourquoi n’allais-je pas mieux, pourquoi cette blessure était-elle différente?

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Ces conséquences étaient le résultat d’avoir joué de nombreux matchs précédant le championnat national à la fin novembre avec une commotion cérébrale. J’ai caché ma blessure aux soigneurs, aux entraîneurs et aux médecins de mon équipe. La blessure initiale n’était pas le résultat d’une énorme collision et, par conséquent, personne d’autre ne savait que j’étais blessé. Je pensais pouvoir me reposer pendant quelques semaines après, puis retourner au gymnase pour le premier mois d’entraînement hors saison en janvier. Je pensais pouvoir continuer à jouer et m’en remettre comme n’importe quelle autre blessure. Oh, comme j’avais tort.

Faisons un bond en avant d’environ 4 mois après le match de championnat, quand j’ai commencé à devenir désespéré. J’étais encore trop fier pour admettre que je n’étais pas en santé. Ce n’est qu au cours d’une tentative d’étude tard le soir que j’ai touché le fond. Je lisais une page d’un livre et, au moment où j’arrivais en bas, j’avais déjà oublié tout ce que je venais de lire. Je me souviens de cette nuit très clairement parce que c’était la première fois que je me sentais tout à fait désespéré et la première fois que je sentais que je perdais complètement le contrôle de mes émotions. Je ne savais pas quoi faire ni vers qui me tourner. Je me sentais si seul, si profondément déprimé et, franchement, si effrayé.

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Ce fut une très longue nuit, peut-être l’une des plus longues de ma vie. Pendant un total de 9 mois après mon diagnostic, j’ai eu des difficultés académiques. J’étais incapable de m’entraîner avec mes coéquipiers et, par moments, j’avais du mal à tenir une conversation. J’ai fait l’erreur de ne pas chercher d’aide extérieure parce que j’étais trop fier et que je pensais que cet état n’était que de la faiblesse. Si je pouvais remonter dans le temps, j’aurais passé ces jours et ces mois différemment. Je me serais ouvert sur ma souffrance. J’aurais trouvé de l’aide auprès de professionnels et je n’aurais pas essayé de mener la bataille seul. Cela ne veut pas dire que l’aide n’était pas disponible; j’avais toutes les ressources nécessaires — soigneurs, entraîneurs, médecins et neurochirurgiens — vers qui j’aurais pu me tourner. J’ai simplement choisi de tout ignorer et cela a rendu les choses bien pires pendant cette période.

Je pensais simplement que ce qui se passait me rendait faible.

Au milieu de l’été, j’ai eu la chance d’obtenir le feu vert des médecins et, pendant les deux ans et demi suivants, j’ai pu retourner au sport que j’aimais. Mes notes ont remonté et, de façon générale, mes problèmes de commotions semblaient appartenir au passé. Cela a pris beaucoup de temps, mais j’ai recommencé à me sentir comme moi-même et j’ai pu continuer ma vie.

Malheureusement, mon esprit de compétition m’a poussé à prendre d’autres mauvaises décisions sans avoir retenu la leçon.

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C’était ma 5e et dernière année de football à McMaster. J’avais gradué avec mention au printemps, décidé de reporter ma recherche de carrière et j’étais prêt pour une dernière année à porter le chandail bordeaux et gris. Malheureusement, lors de notre premier match éliminatoire, j’ai subi une autre mauvaise commotion et je l’ai su immédiatement. Personne n’a vu le coup; personne n’a demandé si j’allais bien ou n’a pensé que je n’étais peut-être pas prêt à continuer de jouer. En tant que capitaine d’équipe, joueur étoile et vétéran jouant potentiellement mon dernier match sous le chandail des Marauders de McMaster, j’avais l’impression que je ne pouvais pas laisser tomber mon équipe. Si mon thérapeute du sport ou le médecin de l’équipe découvrait que j’avais une commotion, cela aurait mis fin à ma saison et je craignais de rester sur les lignes de côté à regarder la saison de mon équipe se terminer.

J’ai donc continué à jouer malgré la blessure, et chaque match par la suite, mon état a empiré. Malgré ma terrible expérience de 2012 encore fraîche dans mon esprit, j’ai quand même décidé de cacher mes symptômes. C’est une décision à laquelle je pense encore aujourd’hui. J’ai laissé mon esprit de compétition l’emporter sur le bon sens.

Le syndrome post-commotionnel qui en a résulté a eu des conséquences bien pires qu’en 2012. Nous nous sommes rendus jusqu au match de championnat national et, avec le recul, je sais que ma mauvaise performance a laissé tomber mon équipe. Cela s’est produit dans un match que nous avons perdu par 1 point de façon déchirante. Il y avait une poignée de jeux que je n’ai pas réussis, alors que j’y serais arrivé normalement, et je sais qu’ils auraient pu faire pencher la balance du match.

En tant qu’athlète, je suis mon plus grand critique et, malheureusement, le temps ne guérit pas toutes les blessures; j’ai toujours l’impression d’avoir laissé tomber mon équipe. Sans compter le fait qu’il m’a fallu des années pour redevenir moi-même et que j’ai dû abandonner toute poursuite de la LCF parce que le médecin et le soigneur de mon équipe, avec raison, ne m’ont pas donné l’autorisation médicale.

Devoir répondre « non » à ma seule chance de faire du sport professionnel a été très douloureux. C’était la bonne décision, mais c’est une chose que je n’aurais pas eu à faire si j’avais été plus intelligent avec mes blessures. Chaque enfant rêve de faire du sport professionnel en grandissant et je n’étais pas différent. Si seulement une version plus jeune de moi-même avait réalisé que prendre soin de mon corps était l’un des aspects les plus importants de ce rêve, je n’écrirais peut-être pas cette histoire. Je porterais peut-être encore les épaulettes aujourd’hui si j’avais mieux traité mes blessures à la tête. Plus que cela, j’ai à peine pu commencer une carrière professionnelle en raison de symptômes persistants au cours de l’année suivante. En fin de compte, j’ai pris la décision de jouer et je ne peux pas revenir en arrière. J’ai composé avec le syndrome post-commotionnel pendant très longtemps, mais je peux maintenant dire que je crois être revenu à la normale. J’ai de la chance de pouvoir dire cela, car certaines personnes ne s’en remettent jamais complètement.

Si je pouvais remonter dans le temps, je n’arrêterais pas le football et je n’éviterais pas les sports de contact. Plutôt, j’aurais cherché de l’aide quand je souffrais et je me serais retiré quand je savais que j’avais une commotion cérébrale. Cacher une commotion n’est pas un signe de robustesse. Ça ne l’est tout simplement pas. Ma vie serait tellement différente si j’avais été honnête avec moi-même quand je n’étais pas en santé. McMaster possède l’une des meilleures équipes de médecine sportive au Canada. J’aurais dû aller voir les experts pour prendre soin de moi, car ils auraient fait un bien meilleur travail que moi.

Être robuste, ce n’est pas jouer malgré des blessures à la tête. C’est simplement être stupide.

La robustesse et les blessures à la tête n’ont pas leur place dans la même phrase.

J’ai la chance d’être aujourd’hui en santé et de travailler avec la Fondation Héritage pour les commotions cérébrales du Canada. J’espère utiliser mon expérience négative pour que quelqu’un m’écoute et ne commette pas les mêmes erreurs que moi. Nous devons nous exprimer, c’est aussi simple que cela. Qu’il s’agisse de votre propre blessure à la tête ou de celle d’un coéquipier. L’esprit de compétition rendra toujours cette décision difficile, mais les sports ne sont qu’un petit chapitre de nos vies. La santé du cerveau est beaucoup, beaucoup plus importante. Jouer au sport a aidé à façonner la personne que je suis aujourd’hui, et pour cette raison, je ne regretterai jamais d’y avoir joué. Mais je ne penserai plus jamais qu’il est robuste de jouer malgré une blessure à la tête. J’espère seulement que nous pourrons tous arriver à cette même conclusion.

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