Témoignage personnel
Le journal d'une commotionnée
Stéphanie Ranger, enseignante de français originaire d'Ottawa, partage les entrées brutes de son journal durant sa longue bataille avec le syndrome post-commotionnel — un témoignage honnête et bilingue de douleur, d'espoir et de transformation.
Retour aux témoignages
Après avoir quitté ma ville natale et tout ce que j'ai toujours connu — ma famille, mes amis et mon poste permanent d'enseignante — c'est la deuxième chose qui a demandé le plus de courage. Je m'appelle Stéphanie Ranger et je partage mon histoire dans l'espoir de sensibiliser aux traumatismes crâniens. Je crois fermement qu'utiliser sa voix pour partager ses expériences permet d'aider les autres… alors allons-y!
Une commotion cérébrale peut changer une vie et retourner tout un monde à l'envers. Le processus de guérison peut être très difficile à traverser, principalement parce que ta blessure est invisible pour ceux qui t'entourent — ce qui peut souvent donner l'impression qu'on exagère ou qu'on simule. Personne ne devrait se sentir ainsi. Tout au long de mon parcours de guérison, j'ai beaucoup appris — des leçons de vie et une meilleure gestion des commotions. Après tout, la connaissance, c'est le pouvoir.

La blessure
J'ai joué au soccer compétitif à un niveau régional pendant la majeure partie de mon enfance et de mon adolescence. J'ai eu une longue histoire de commotions et j'ai toujours trouvé facile de m'en remettre. Ma dernière commotion s'est produite le 21 février 2019. Après avoir accompagné des élèves à notre sortie de ski hebdomadaire, j'ai tendu le bras sous le bus et ma tête a percuté la porte du compartiment. Dès que ma tête a touché l'oreiller ce soir-là, la pièce s'est mise à tourner. Il m'a fallu quelques jours pour que mes symptômes s'installent pleinement: un mal de tête écrasant, les vertiges, la sensibilité à la lumière et au son. Je me battais pour me convaincre que j'allais bien.
27 février 2019Je me sens tellement stupide! J'aurais pas dû aller à Toronto. J'ai empiré les choses je le sais. Je me sens comme de la *** et ma tête va exploser et je peux pas penser clairement. J'ai peur parce que je sais pas ce qui se passe. Je vais me reposer cette semaine et je vais être correcte la semaine prochaine.

Les jours sombres
J'avais constamment mal à la tête, ma vision devenait floue, je voyais des particules de nuages gris partout, je ne pouvais pas marcher plus de 10 minutes, je ne pouvais pas lire ni regarder la télévision. Prendre une douche semblait être la chose la plus difficile du monde. J'étais complètement épuisée. Tout le temps. Le dernier jour de ma semaine de relâche, je n'arrêtais plus de pleurer. J'ai appelé ma mère et lui ai demandé de me conduire à la clinique sans rendez-vous — je ne pouvais plus conduire. Après avoir fait le tour des cliniques fermées d'Ottawa, nous avons décidé d'aller aux urgences. J'y suis arrivée en pleurant, incapable d'expliquer ce que je ressentais. En larmes, les seuls mots sortis de ma bouche furent « ma tête ». L'infirmière marmonna… « Ok, je vais juste noter santé mentale. » « Non! C'est ma tête. Je me suis cogné la tête. J'ai une commotion et je ne vais pas bien. »
6 marsJe suis dans ma classe les lumières fermées et je capote. Mon cerveau est enflé et je me sens comme s'il va exploser à l'intérieur de ma tête. J'ai peur d'avouer comment je me sens. Je pense ce qui me fait le plus peur c'est d'avouer à moi même et d'être honnête que je ne suis pas OK!
Trouver de l'aide et guérir
C'est alors qu'une collègue m'a recommandé de voir Asef Rhaman, un physiothérapeute spécialisé en commotions. Je me souviens de la première fois que j'ai rencontré Asef: j'ai complètement craqué. Enfin, quelqu'un qui était un expert en commotions. Il m'a rassurée que tout ce que je vivais était réel, que j'étais vraiment blessée et que ça allait s'améliorer. Il m'a mise en congé pour un mois. C'est alors que ma vraie guérison a commencé.
21 avril 2019Pourquoi je ne guéris pas? Je fais tout comme il faut! Je me repose, je ne sors que pour mes rendez-vous, je mange bien, je bois mon eau, je prends mes suppléments. Je commence à me sentir vraiment sans espoir. Je veux retrouver Steph. Je veux retrouver ma vie. Ça fait 2 mois mais je me sens comme si j'étais morte intérieurement depuis 2 ans.

Leçons et avancer
Traverser la vie en vivant avec le SPC n'est pas une chose facile. Tu planifies constamment tes journées et anticipes comment ton cerveau sera affecté par différentes situations. Ce que j'ai appris tout au long de mon parcours de guérison, c'est que tu es responsable de ta guérison — et personne ne prendra l'initiative de guérir comme toi. Il est aussi crucial de réduire ton niveau de stress. Le stress aggravera tes symptômes. Trouve des gens qui te comprennent, te croient et te soutiennent.
Ma vie est complètement différente de ce qu'elle était il y a un an, et je le dois à ma commotion. Même si c'était douloureux et que je lutte encore quotidiennement avec ça, ma commotion est la meilleure chose qui me soit jamais arrivée. Elle m'a aidée à changer complètement ma perspective sur la vie et à me concentrer sur les choses importantes. J'ai appris à apprécier chaque moment pleinement et à faire confiance que les choses vont s'améliorer. Il y a de la beauté dans la simplicité et la pleine conscience. Une fleur ne pousse pas sans pluie.
Ne t'inquiète pas des petites choses et ne t'abandonne jamais toi-même. Je te promets que tu te verras transformer de victime en victorieux. On lâche pas!
— Stéphanie Ranger

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