Témoignage personnel
Esquiver les coups et élever une famille
Jean-Martin Gauthier, dirigeant dans le monde de la boxe au Nouveau-Brunswick, raconte comment sept commotions cérébrales — subies sur des patinoires de hockey et dans des gymnases de boxe — ont transformé sa carrière, ses finances et surtout son lien avec ses enfants.
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Jean-Martin Gauthier a plongé sa vie et sa carrière dans le monde de la boxe et des sports de combat. Nous lui avons demandé quel est l'état actuel de la gestion des commotions dans la boxe au Canada, ainsi que son expérience personnelle et comment son rétablissement a affecté ses jeunes enfants.

Pouvez-vous nous donner un bref aperçu de votre implication dans le sport?
J'ai suivi le parcours habituel, jouant au hockey mineur de l'âge de quatre ans jusqu'à 17 ans, et m'entraînant à la boxe pendant la hors-saison. Le hockey était ma première passion, et j'ai rapidement ajouté la boxe. Dans les deux sports, je suis passé de fan à athlète, puis à entraîneur. J'ai été président de l'équipe de hockey senior ici au Nouveau-Brunswick, et je travaille maintenant à un poste de direction au CPBC (Conseil professionnel de boxe du Canada) et à la CWBA (Association canadienne de boxe en fauteuil roulant). Je travaille également occasionnellement avec la NBCS (Commission des sports de combat du Nouveau-Brunswick) en tant qu'inspecteur de vestiaire.

Dans le monde de la boxe, comment les commotions sont-elles gérées et où voyez-vous des possibilités d'amélioration?
Les commissions au Canada ont mis en place leurs propres tests de commotion post-combat et les officiels sont constamment sensibilisés à la protection de la santé des combattants. Le vrai travail, la vraie éducation, doit être dirigé vers les gymnases de boxe. Du temps et des efforts devraient être consacrés à éduquer les membres des gymnases afin qu'ils sachent reconnaître si un combattant est blessé. Les entraîneurs devraient également être formés et sensibilisés aux commotions, leurs symptômes et leurs effets.
Les vrais dommages se produisent lors des entraînements. Les combattants subissent beaucoup plus de dommages au gymnase que lors d'un combat sanctionné. Les équipes, les propriétaires de gymnases et les membres doivent se responsabiliser et protéger la tête de leurs combattants entre les combats.

Quelle a été votre expérience avec les commotions cérébrales?
Oui, ma commotion la plus récente s'est produite dans un gymnase de boxe, mais toutes mes six commotions précédentes sont survenues en jouant au hockey mineur et lors des fameux combats de boxe qui se déroulaient dans les vestiaires entre coéquipiers avec des gants et des casques.
Pour ma commotion la plus récente, j'ai vécu une réalité familiale que certains ne s'accorderaient jamais. Mon rétablissement forcé m'a fait réaliser que bien que j'aie des gens autour de moi qui me soutenaient en tant qu'individu, ils ne croyaient pas aux commotions. Vous devrez constamment prouver, défendre et protéger vos symptômes de commotion face aux « non-croyants ». D'après mon expérience personnelle, j'suggère d'accepter ce fait dès le départ.
Comment s'est passé votre rétablissement?
Il a été très efficace, pour le moins. Les premières semaines de repos cognitif étaient incroyablement difficiles et il m'a fallu une éternité pour progresser à l'étape suivante. Je suis ensuite retombé au repos cognitif complet, et ainsi de suite. Au début, il était difficile de respecter le plan de rétablissement. Puis vint la réalisation de l'état réel de mon cerveau. Puis vinrent les crises de panique en pensant à l'argent et à mon avenir professionnel. J'ai dû bloquer ces pensées un moment. J'ai beaucoup dormi et découvert la beauté des balados.

La meilleure partie du rétablissement a été de passer du temps avec mes enfants et de rattraper le temps perdu. Cela m'a aussi aidé à grandir en tant que personne et à assumer les conséquences de mes actions. C'était aussi difficile par moments: un bambin de 2 ans ne comprend pas vraiment le mot « migraine » et mon fils aîné adore jouer et rester actif. Je boxe avec ma fille et joue au hockey avec mon fils aîné. Nous avons appris à canaliser cet enthousiasme.
Comment cela a-t-il affecté votre vie personnelle?
Se remettre d'une commotion coûte de l'argent. Le plus grand impact sur ma vie personnelle a été que nous avons pris un énorme recul financier et perdu notre maison parce que je me suis retrouvé complètement sans ressources. Avant de vivre à temps plein dans le monde de la boxe, j'étais directeur général adjoint chez Goodlife Fitness. J'ai volontairement quitté ma carrière pour me concentrer sur mes enfants et le monde du combat. Je ne me suis donc pas qualifié pour l'assurance-emploi.

Socialement, c'était révélateur. Pour la famille, c'était une bénédiction déguisée. Je suis pratiquement disparu pendant une bonne année. J'ai supprimé mon Facebook, changé mon numéro de téléphone, et ne quittais la maison que pour retrouver les enfants ou faire les courses occasionnelles. J'ai appris à chérir ce mode de vie et suis devenu très heureux de qui j'étais et de qui nous étions en tant que famille.
Comment avez-vous expliqué votre commotion et votre rétablissement à vos enfants?
Mes enfants sont mes êtres humains préférés sur Terre. Il était facile pour eux de comprendre que papa avait une commotion cérébrale et ne pouvait pas travailler parce qu'il avait des migraines. Ils sont reconnaissants de passer beaucoup plus de temps avec leur père.
Je leur ai dit clairement que les rumeurs ne s'arrêteront pas et qu'ils ne peuvent pas contrôler qui dit quoi, mais seulement si cela les affecte ou non. En tant que parents, nous devons expliquer les situations aux enfants pour qu'ils les comprennent. Je leur explique que je dois guérir pour vivre une meilleure vie à long terme avec eux, et que le prix à payer c'est notre vie à faible revenu pendant un an ou deux. La fin justifie les moyens.

Familles – soyez patients, maîtrisez vos histoires et n'oubliez pas qu'un bon rétablissement est vraiment un petit prix à payer pour un mode de vie fonctionnel. Gardez à l'esprit que cela pourrait être pire et que les sacrifices et le travail acharné portent toujours leurs fruits. Soyez patients.

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